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Le Réglage des Outils de Rechargement

 


Le rechargement permet d’assembler tous les types de cartouches imaginables

Cette fois ça y’est!  Après avoir tiré quelques cartouches avec votre nouvelle arme, vous avez décidé de vous mettre au rechargement. Le kit complet de la marque de votre choix est acheté. La presse est installée et il est temps de procéder au réglage des différentes matrices qui vous permettrons l’obtention de munitions non seulement moins chères, mais également parfaitement adaptées à votre arme.

Des outils comme s’il en pleuvait…

Comme l’amateur débutant peut le constater, les marques d’outils sont nombreuses! Néanmoins il existe une compatibilité totale entre ces jeux d’outils et les différentes presses disponibles sur le marché à partir du moment ou ceux-ci sont filetés. Le rechargeur a donc le choix entre plusieurs systèmes et niveaux de qualité dont la valeur n’est pas forcément représentée par le prix.


Chaque « shell holder » correspond à une famille de calibre. L’usage et les tolérances de fabrication veulent que l’on utilise la même marque que les outils de rechargement

On distingue généralement deux types de matrices : celles destinées aux étuis droits et les autres qui concernent les étuis à collets rétreints également dénommés « bouteilles » par le tireur franchouillard explicite.

Le premier type est généralement composé de trois matrices respectivement destinées au recalibrage et désamorçage, à l’évasement puis à la mise en place du projectile. Dans un premier temps, nous allons détailler le réglage distinct de ce jeu d’outils standard avant de nous pencher sur la question de l’outillage destiné aux calibres à collets retreints.

 


Quelle que soit leur marque, tous les outils comportant un filetage standard se montent sur toutes les presses équipées de la sorte


Mixer les outils n’est donc pas un problème : ici un jeu RCBS avec évaseur HORNADY (cal. 45 ACP)

 


Une fois le bélier en position haute, l’outil n°1 sera amené au contact du shell holder par vissage pour un calibrage intégral.1/8° de tour sera donné en retrait afin d’éviter les chocs sur l’outil

Direction l’atelier…

La première chose à faire est de monter le shell holder (la petite griffe de maintien des étuis) sur le bélier de la presse de rechargement et de placer ce dernier en position haute. Il suffit ensuite de visser la première matrice pour l’amener au contact du shell holder. On effectue ensuite un retour d’un huitième de tour et… C’est tout. Il suffit ensuite de caler cet ajustement au moyen du collier de serrage fourni avec chaque matrice. Le réglage ainsi obtenu correspond à un recalibrage intégral. Cela signifie que notre étui, préalablement tiré ou acheté neuf en vrac (1), sera calibré aux cotes minimales après passage dans ce premier outil.


Le recalibreur de gauche comporte une bague de carbure permettant de ne pas lubrifier les étuis avant recalibrage

Un petit truc en passant concernant les contre écrous de serrage: si ceux-ci sont maintenus par une vis (sauf chez LEE ou cette tache est assignée à un joint torique), il conviendra de desserrer légèrement la matrice (1/10° de tour suffit) avant blocage sous peine de la gripper contre la presse. Ah oui! Ces outils sont proposés en deux versions: avec ou sans bague au carbure (de tungstène ou de titane). S’agissant de douilles droites, mieux vaut privilégier l’option carbure puisque cet aménagement permet de se passer de lubrification préalable des étuis… ainsi que du retrait de cette couche de lubrifiant.

Le second outil

Avant toute tentative d’ajustement il vaut mieux essayer de comprendre sa destination réelle. Ce type de matrice ne concerne essentiellement les douilles droites mais parfois aussi celles à collet rétreint dès lors que l’on fait usage de projectiles de plomb.


Vue de face d’une cartouche de 9x19 (9mm para) à coté d’un étui du calibre évasé

En effet, la matrice n’est ici conçue que pour assurer le port d’un mandrin destiné à évaser les lèvres de l’étui. Que les munitions soient destinées à une arme de poing à répétition (revolver), à un coup ou à alimentation automatique (pistolet semi auto) il faudra évaser suffisamment les lèvres du collet. Cette opération a pour but d’assurer une présentation et un alignement corrects destiné à éviter l’enfoncement des parois de l’étui lors de la mise en place du projectile. Mais quelle est la valeur idéale de l’évasement ? La réponse est plutôt du style Normand : ça dépend ! En effet, le choix du type de projectile employé conditionne ici notre valeur de réglage. Dans le cas de balles chemisées, un évasement imperceptible à l’œil et permettant seulement le maintien correct de la balle avant son passage dans la matrice de siégeage est largement suffisant. Les projectiles de plomb (alliage) nécessitent un élargissement plus conséquent. L’usage général consiste à évaser suffisamment pour permettre un enfoncement d’environ 2/10° de mm (mesure tout à fait arbitraire) pour les balles à cul plat (la hauteur d’un gas-check de .357, soit 1,5mm, constitue un bon indicateur). Dans le cas d’une « bevel base », la mesure se prend au dessus du rétrécissement. Mais bon! Ne mégottons pas, il est tout à fait possible d’utiliser l’évasement des balles plomb pour l’usage des chemisées. La mixité est de rigueur, même dans notre matière de prédilection.


L’étui après évasement

Un autre aspect de cet outil concerne la profondeur de réglage des mandrins expandeurs. Il faut savoir que cette dernière doit, en toute logique, être adaptée à la longueur du projectile destinée à entrer dans l’étui. Le maintien de la balle est en effet réalisé à ce niveau par élasticité du métal… ce qui nous amène au diamètre de notre mandrin qui se situe idéalement à 3 ou 4 100èmes de mm en deçà de la cote réelle du projectile employé. Là, tous les outils ne sont pas égaux en fonction des calibres. RCBS a tendance à être aux cotes « juste ce qu’il faut » mais la profondeur de siégeage est limite pour les projectiles lourds (surtout en munitions pistolet). HORNADY et LEE sont très corrects pour les mêmes critères. La palme de l’excellence revient à REDDING et LYMAN avec un gros avantage pour cette dernière marque avec les  outils « M » à mandrins interchangeables longs ou courts selon les desideratas du tireur. Le seul bémol en la matière concerne l’importation de LYMAN aussi sporadique qu’anecdotique… 


Un évasement correct permettra la pénétration de la balle dans l’étui de la valeur de son gas-check

Mais revenons à nos moutons. Le réglage de notre évaseur s’effectue en plaçant un étui vide et préalablement recalibré sur le shell holder. Une fois le bélier de la presse amené en position haute, la matrice sera vissée et bloquée comme précédemment mais SANS son mandrin expandeur. Tout en bloquant le levier du bélier de la presse dans la position choisie, nous allons maintenant procéder au vissage de l’expandeur jusqu’à sentir la résistance opposée par le tulipage de son corps. A ce stade, il ne reste plus qu’à procéder par quart de tour en amenant l’élargissement des lèvres du collet à la valeur désirée. Cela a l’air tout simple, mais il est normal (surtout les premières fois) de déformer exagérément quelques étuis… Mais il suffira simplement de les recalibrer. Ceux ne pouvant l’être trouvent très bien leur place dans la « boîte bêtisier » qui traîne souvent à proximité immédiate de notre atelier…   

Maintenant au tour du troisième…

Cet outil assure en fait deux fonctions distinctes. Il va servir en premier lieu à enfoncer le projectile selon une valeur définie puis à effectuer, ou non, un sertissage. Contrairement à ce que pourrait penser le tireur / rechargeur débutant, nous allons procéder à ces réglages dans l’ordre inverse de leur énumération.

Nous commencerons donc par le sertissage. Là encore, nous allons poser sur le shell holder un étui recalibré et NON évasé (2). Après avoir positionné le bélier de la presse en position haute, la matrice est vissée jusqu’au contact des lèvres de l’étui. A ce stade les opérations suivantes changent selon que nous voulons appliquer un sertissage ou non à notre cartouche. Dans le cas d’une munition non sertie (généralement destinée aux semi-automatiques chambrant sur la lèvre de l’étui), nous allons dévisser la matrice d’un quart de tour  et la bloquer à l’aide de son contre-écrou. Nous pourrons ensuite passer aux opérations de positionnement du projectile.

Après avoir remplacé notre étui par un autre déjà évasé, il suffit maintenant d’y déposer l’un de nos projectiles puis d’amener le bélier de la presse en position haute. Le mandrin poussoir est alors vissé jusqu’au contact de la tête de la balle avant abaissement du bélier. Nous procèderons alors par petites touches successives jusqu’à trouver la valeur d’enfoncement et la longueur de cartouche désirée. Le poussoir est ensuite bloqué en place s’il dispose d’un dispositif idoine.  


Le projectile chemisé s’enfoncera pour tenir en place sans problème. C’est l’outil positionneur qui redressera les parois de l’étui après enfoncement du projectile de la valeur désirée

Si nous désirons appliquer un sertissage à notre munition, le protocole de réglage devient légèrement différent. A ce stade, il nous faut procéder au dévissage du poussoir de balle sur plusieurs tours avant de dévisser également le contre écrou de la matrice. C’est l’avancement de cette dernière en direction du shell holder qui conditionnera la valeur du sertissage. Attention, la plupart des outils sont très peu progressifs à ce niveau là et il convient encore d’y aller progressivement par petites touches. La valeur réelle du sertissage n’étant pas réellement mesurable par le particulier, nous nous contenterons de parler de sertissage de type léger, moyen ou fort… avec toutes les variations que cela sous-entend d’un individu à un autre. Une fois ce dernier réglage effectué, il suffit de repositionner le mandrin poussoir au contact de la tête de l’ogive pour retrouver la valeur d’enfoncement préalablement définie. Bien sur, ce protocole de réglage reste valable quel que soit le type d’outil choisi : sertisseur roll crimp ou taper crimp, avec ou sans chambre flottante d’alignement.

Passons maintenant aux variantes des matrices pour étuis à collet rétreint.

Si à la base, les réglages sont similaires à ceux précédemment évoqués, nous observerons une variante sur le premier outil. Bien qu’il soit également destiné au désamorçage et au recalibrage, la forme de l’étui permet au rechargeur d’effectuer un recalibrage partiel seulement. C’est très bien, mais à quoi ça sert diront les courageux qui suivent jusqu’à maintenant.  Et bien c’est tout simple : lorsque la cartouche est tirée dans une chambre de carabine, la pression fait fretter l’étui qui assure alors une étanchéité parfaite garantissant une poussée régulière des gaz. Dans le même temps, le laiton s’est adapté aux dimensions propres de la chambre. Le recalibrage partiel permet donc au rechargeur de conserver ces cotes acquises par le feu et la munition ainsi rechargée s’adaptera au plus près aux dimensions de la chambre. Dès lors, la poussée des gaz de combustion sera utilisée pour pousser le projectile seulement, la conformation à la chambre étant déjà acquise. L’avantage ? C’est tout simplement que le résultat en cible s’en ressent positivement. Bien sur, les armes équipées d’un canon de match aux cotes minimum peuvent s’affranchir de cette considération technique mais dans tous les cas, cela ne peut pas faire de mal.

Donc, deux options sont possibles avec un outillage standard, le calibrage intégral et partiel. La différence s’effectue à l’enfoncement de notre première matrice. Pour obtenir un calibrage intégral, nous l’amènerons au contact du shell holder (en position haute bien entendu) avant de procéder au blocage du contre écrou. Dans le cas d’un calibrage partiel, nous laisserons un espace d’environ 1,5mm entre le shell holder et la base de l’outil. C’est tout ? Oui et ça marche en plus. Mais attention ! La munition obtenue sera celle de la carabine dans laquelle elle aura été tirée à la base. Si l’interchangeabilité est un critère important pour vous, passez au calibrage intégral. Et d’ailleurs quels sont les intérêts de ce dernier ? Et bien lorsque l’on utilise des armes à répétition (levier de sous garde) ou semi automatiques dans lesquelles la munition subit un transport brutal, le calibrage intégral est la règle sous peine de devoir endurer des défauts d’alimentation.

La seconde matrice ne pose aucun problème et se règle à l’identique de la troisième du jeu d’outil destiné aux douilles droites. La seule particularité des cartouches à collet rétreint concerne l’enfoncement du projectile dont le cul ne devra pas dépasser la base de l’épaulement sous peine de pressions (et surpressions) aléatoires.

Mais pourquoi deux seulement?

C’est la question logique en la matière et la réponse l’est tout autant. Les fabricants considèrent en fait que le projectile chemisé ne nécessite aucun évasement des lèvres de l’étui puisque le diamètre du collet a été modifié lors du passage dans le premier outil. En effet, lors de sa montée dans la matrice, le collet est rétreint avant d’être remis au bon diamètre par la bague de recalibrage, elle même montée sur l’aiguille de désamorçage.

Tout cela est très bien, mais rien n’empêche le tir de balles de plomb allié. Dans ce cas, les fabricants peuvent fournir la matrice manquante en surplus du jeu d’outils standard. A ce sujet, nous formulerons les mêmes remarques que pour les plongeurs expandeurs du second outil du jeu destiné aux étuis droits.

Alors…

Et alors c’est tout ! Vous n’êtes par encore partis à l’atelier pour recharger ?  Vous verrez la pratique rechargement n’est pas plus difficile qu’autre chose et vous apportera bien des satisfactions dont la plus importante et celle qui en s’instaurant entre votre arme et vous deviendra inestimable : la régularité qui amène à la confiance.

 

(1) – Les étuis neufs aussi (et même surtout) sont à recalibrer avant une première utilisation : ils ont été brinqueballés dans tous les sens et leurs diamètres sont irréguliers. Dans le meilleur des cas la négligence de cette étape vous donnera une précision erratique. Dans le pire, la pression va refouler le laiton et les gaz vont refluer sur l’arrière… là ou se trouve le tireur.

(2) – Cette opération est également faisable avec une cartouche manufacturée dont on veut dupliquer les valeurs de sertissage puis, d’enfoncement.

 

 
 
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