Vetterli modèle 1878
Fusil Vetterli d’Infanterie à Répétition Modèle 1878 de la Confédération Helvétique


Ce fusil est du au génial armurier Frédéric Vetterli (1828-1882), originaire de WAGENHAUSEN dans le canton de THURGOVIE. Ce jeune homme fait ses débuts d’apprentissage chez un armurier de Schaffhouse. Il décide d’aller à Paris et à la manufacture d’armes de Saint Etienne, ainsi qu’à Londres, pour parfaire ses connaissances. Sollicité par la société industrielle suisse de Neuhusen, il prendra ses fonctions le 24 juin 1864 en qualité de directeur en second du département armement de cette société.

Il est évident que Frédéric Vetterli s’inspira du système Winchester pour la création de ses fusils. Mais, passé du levier de sous-garde, que les militaires n’aiment absolument pas, à la traditionnelle culasse pour la même fonction, n’a pas été chose facile. De plus, par cette conception, l’arme est beaucoup plus robuste et peut tirer des munitions très supérieures à celles des Winchester.

Le premier Vetterli modèle 1867 est déjà à 12 coups dans le même calibre que l’arme que nous allons traiter dans cet article.

Un calendrier de production est mis au point hélas comme bien couvent pour des raisons administratives, techniques et politiques, il va y avoir un très gros retard à la production, 60 exemplaires seulement sont livrés fin mai 1870, un an après l’armée ne disposera que de 12.531 fusils et aux alentours de la fin mars 1872 que de 48.368.


Pour la petite histoire:

  • Par ordre chronologique, voilà l’évolution des fusils et mousquetons Vetterli suisses à répétition
  • Fusil d’infanterie Vetterli modèle 1867
  • Fusil d’infanterie Vetterli modèle 1869
  • Fusil de police Vetterli modèle 1870
  • Fusil d’infanterie Vetterli modèle 1871
  • Mousqueton de cavalerie Vetterli modèle 1871 type I
  • Mousqueton de cavalerie Vetterli modèle 1871 type II
  • Mousqueton de garde-frontière Vetterli modèle 1869/71
  • Fusil de cadet Vetterli monocoup modèle 1971
  • Fusil d’infanterie Vetterli modèle 1878
  • Mousqueton de cavalerie Vetterli modèle 1878
  • Mousqueton de garde-frontière modèle 1878
  • Fusil d’infanterie modèle 1881

L’armement militaire dans certains pays d’Europe à l’époque du Vetterli 1878:

-La France:
Elle n’a que le fusil gras modèle 1874 calibre 11mm à 1 coups pour toute l’armée de terre.
La marine décide, pour elle seule, l’adoption d’une arme à répétition, le fusil Cropatschek modèle 1878 en calibre 11mm. Ces fusils ont la même cartouche que le fusil gras cité ci-dessus.

-L’Allemagne:
Elle n’a que le fusil Mauser modèle 1871 à un coup en calibre 11mm Mauser.
Cartouche à percussion centrale comme les fusils français.

-L’Italie:
Le fusil des armées est un Vetterli modèle 1870 à un coup en calibre 10,35 mm à cartouche à percussion centrlae. Ce fusil Vetterli a une conception légèrement différente de celle du Vetterli suisse.

-L’Angleterre:
Le fusil est le Martini-Henry mococoup. La cartouche de calibre 577/450 est d’une très grande puissance. Elle a été l’arme de beaucoup de conquêtes coloniales britanniques.

 

Caractéristiques du modèle Vetterli 1878:
Désignation : fusil d’infanterie
Pays d’origine : Suisse
Le système : culasse mobile à verrou à répétition manuel
Le Calibre : 10,4 mm (10,5 x 38 R)
Diamètre de l’alésage de mon fusil qui fait l’objet de cet article : 10,4 mm
Nombre de rayures : 4
Capacitié : 12 cartouches dans le magasins + 1 dans la chambre
Percussion : annulaire en deux points
Longueur du canon : 854 mm
Longueur totale : 1326 mm
Hausse : très importante, à quadran. Le montage sur le canon est à queue d’aronde.
Graduation de la hausse : de 50 en 50 m, de 250 à 1200 m
Guidon : petit bloc à lame, le tout rapporté au canon par brasure
La crosse : droite en noyer avec une plaque de couche en fer cintré
Le fût : long en noyer avec l’incorporation du magasin tubulaire et fixation du bois au canon par une clavette se trouvant à l’arrière, au centre par une grenadière en fer et à l’avant par un embouchoir en fer avec le tenon de baïonnette à droite
Poids du fusil : 4,600 kg
Numéro de série du specimen : 182 563
Date de la production : décision du conseil fédéral du 30 avril 1878
Toute l’arme est bronzée noir brillant, canon, garniture, boîte de culasse et plaque de couche
Marquage du specimen sur la gauche du canon : 182 563
Marquage du specimen sur la gauche du boîtier de culasse :
+
Waffenfabrik
Bern
182 563
M 78

La baïonnette a une lame polie droite à scie et à gouttière de 480 mm, d’une longueur totale de 600 mm. Le fourreau est en cuir noir pressé avec gouttière de chaque côté pour faire raidisseur.

 

Système d’alimentation et fonctionnement:

Culasse fermée, les cartouches sont introduites dans le magasin tubulaire situé sous le canon par l’ouverture côté droit du boîtier de culasse.

Pour alimenter l’arme, ouvrir la culasse puis la tirer d’un petit coup sec en arrière pour faire monter le transporteur ave la cartouche, il ne reste plus qu’à pousser la culasse en avant pour introduire la munition dans la chambre avec un petit coup sec pour faire redescendre le transporteur, fermer la culasse, le fusil est prêt à faire feu. Une fois le coup tiré, ouvrir la culasse, en extraire et éjecter la douille, puis pour réintroduire une nouvelle cartouche dans la chambre il n’y a plus qu’à reproduire la manœuvre citée ci-dessus et ainsi de suite.

Pour conserver une réserve de cartouches dans le magasin, et tirer au coup par coup, rien n’est plus facile. Ouvrir la culasse en prenant soin de ne pas faire monter le transporteur, introduire à la main, une cartouche dans la chambre, verrouillage de la culasse mobile, notre fusil est de nouveau prêt à faire feu.

Sur la photo, on distingue la pièce en « L » qui fait monter et descendre le transporteur de cartouches par l’intermédiaire du va et vient de la fonction de la culasse.
Cette pièce en « L » est la clé de l’inventin des fusils à répétition de Frédéric Vetterli.


Cartouches d'époque, de gauche à droit:

Suisse à percussion annulaire, Française à percussion centrale, Autrichienne à percussion centrale

La munition du 1878:

Tout au long de l’évolution des différents modèles, la forme de la cartouche restera la même ainsi que son calibre. Seule l’alliage des ogives changera légèrement ainsi que les poudres noires. La 1878 a une balle en plomb durci de 20 gr avec un calepin papier. La charge est de 3,65 gr de poudre noire n°4, à ne pas confondre avec notre PNT4 moderne. La vitesse du projectile est d’environ 435 m/s.


La 1878 au tir avec la cartouche à percussion annulaire:

Voilà plusieurs décennies, j’eus l’occasion de tirer avec deux de ces fusils, avec la munition d’origine dans leurs pays d’origine.
A 200 m le résultat avait été extrêmement bon. Après cette expérience je m’étais promis qu’un jour je ferais l’acquisition s’il m’en était permis d’un de ces très beaux fusils. Aujourd’hui j’en possède une paire.

Depuis la cartouche du Vetterli à percussion annulaire a complètement disparu du marché mondial ainsi que la cartouche beaucoup plus tardive à percussion centrale.
Pour faire revivre ces fusils, il n’y a qu’une solution si l’arme est à percussion annulaire :
1°) il faut impérativement transformer la culasse mobile en percussion centrale.
2°) la refabrication d’une cartouche à percussion centrale, la cartouche à percussion annulaire
étant absolument exclue!

Pour transformer la culasse du Vetterli pour le tir d’une cartouche à percussion centrale:

Ce travail est relativement simple, mais il demande l’intervention d’un spécialiste.
1°) démontage du percuteur annulaire double, en forme de fourche à deux dents.
2°) perçage de la tige du percuteur annulaire pour y fixer en son extrémité un percuteur central ;
3°) perçage de l’extrémité avant de la culasse pour le passage du percuteur central.
Au cours des ans nous avons constaté que de nombreux fusils Vetterli avaient été transformés pour le tir des cartouches à percussion centrale.

Fabrication de la cartouche à percussion centrale 10,5 x 38 R avec une douille de 348 winchester:

La première chose que je recommande est de faire prendre par un armurier l’empreinte de la chambre et celle de l’intérieur de l’âme du canon de votre arme. D’un fusil à l’autre, les côtes peuvent changer très légèrement, surtout celles des chambres.

Je vais donc me contenter de tacher de vous expliquer du mieux possible ma manière de procéder pour la fabrication de la cartouche que je tire dans mon propre fusil modèle 78. A vous après de peaufiner le travail. Comme l’a dit bien souvent René Malfatti dans ses manuels de rechargement : « On a les cartouches que l’on mérite ». Pour arriver à un résultat satisfaisant, la patience est absolument de rigueur et la bonne mise en œuvre de l’outillage est primordial. Personnellement je possède du matériel 10,4 Vetterli des Ets LYNX HR présenté en coffret de trois outils plus le support de douille. Mon moule à balle est du même fabricant. Le projectile à la sortie de ce moule est donné pour 10 ,65 mm, son poids est de 17,68 gr héla plus question de trouver ce matériel dans le commerce, les Ets LYNX ayant fermé définitivement.

A ma connaissance la maison LYMAN, RCBS, HORNADY, etc. ne fabriquent pas d’outil pour ce calibre.

Après renseignements pris par mes coins, la Sté LE HUISSARD à La Tour du Pin devrait recevoir des Etats-Unis des jeux d’outils de fabrication artisanale en 10,4 mm dans deux ou trois mois. Restons optimistes!

Mais revenons à notre cartouche.

Je prends une douille de 348 Winchester que je coupe à 1 mm au-dessus du départ de l’épaulement. Avec des écarteurs (expendeurs) de ma fabrication, j’ouvre ainsi l’étui afin de le mettre droit. Je calibre la douille pour me rapprocher au plus près de celle d’origine, elle ne prendra sa forme définitive qu’après une séance de « fire forming » (formage par le feu), ce qui a pour effet d’exercer une pression interne qui, en plaquant l’étui contre les parois de la chambre, va donner à cette douille ses dimensions définitives.

Pour le premier calibrage de la nouvelle douille, il est impératif de la graisser très peu pour éviter le plissement du métal. Enfoncer l’étui de 1 mm dans l’outil, puis remonter l’outil et le redescendre de 1mm en tournant la douille de ¼ de tour entre chaque pression sur le levier de la presse. Ne pas oublier un petit coup de graisse très léger avec le pouce et l’index surtout sur la base du collet et ainsi de suite. Ce travail est long! Une fois fini il ne reste plus qu’a remettre à la douille à longueur (40,5 mm) et l’évasement du collet à son bon diamètre pour pouvoir y siéger la balle, puis il ne reste plus qu’à procéder à un essai de chambrage de cet étui nouvellement créé, et enfin la séance d’amorçage peut avoir lieu.

Pour le deuxième rechargement de la douille qui a été préalablement reformé, il ne restera qu’à recalibrer le collet de ladite douille.

La balle en plomb durci de 272 grains (17,65 gr) viendra coiffer 3,65 gr de poudre noire PNF2.
La vitesse du projectile sera de l’ordre de 390 à 400 m/s.

La balle devra être enduite au pinceau de deux couches d’alox pour qu’elle soit bien lubrifiée.


Démontage sommaire de l’arme pour l’entretien:

Opération n°1 : la culasse mobile de l’arme doit être fermée avec le ressort du percuteur détendu. Dévisser le bouchon moleté, retirer le capotage du ressort ainsi que le ressort, puis le percuteur, pour extraire ce dernier, appuyer sur la détente en le tirant en arrière, ouvrir la culasse. Pour la retirer du fusil, il faudra dévisser l’unique vis située en bas à droite et à


Culasse démontée, équipée du percuteur à percussion centrale

 l’arrière du boîtier de culasse pour désolidariser de l’arme le mécanisme élévateur avec son système de fonctionnement. Sans le démontage de ces dernières pièces, il n’est pas possible de sortir la culasse du fusil. Pousser la petite clavette de droite à gauche située sur le dessus du boîtier. Enfin notre culasse peut sortir librement. Pour le remontage après nettoyage, l’opération s’effectue’ de la manière suivante : introduire la culasse mobile av c le levier d’armement dans le boîtier, puis remettre en place le percuteur en appuyant sur la queue de détente pour qu’il se trouve en position de percussion, vient le tour du ressort plus son capotage et enfin on revisse le bouchon moleté. Repousser la clavette. A ce stade la culasse doit pouvoir fonctionner. La dernière étape consiste à réintroduire le mécanisme du bas et à le solidariser au boîtier de culasse en remettant la vis de fixation à sa place. Si tout a été fait dans les normes, votre fusil est de nouveau en état de fonctionnement.

Ne jamais forcer une pièce mécanique de votre arme pour lui faire retrouver sa place. Attention à la casse!



Au tir avec ma cartouche issue de la 348 Winchester:

Je n’ai jamais eu le moindre problème avec cette munition que je tire depuis des années. Si elle a été bien exécutée, sa précision à 200 m est bonne. Ces fusils de guerre d’un autre âge sont devenus mes vieux compagnons de stand. Je tire à la poudre noire depuis plus de 40 ans avec toujours le même plaisir, la même passion, en éprouvant à chaque séance de nouvelles émotions. Amis tireur qui comme moi pratiquez cette discipline me comprendrez.

Ce petit article a eu pour but de faire découvrir à ceux qui ne le connaissaient pas, un de ces très beaux fusils, à la finition parfaite, de la gamme des Vetterli suisses, qui furent en leur temps les plus modernes du monde.
 

Un souhait pour conclure:

Je profite de ces quelques lignes pour faire part de mon incompréhension au sujet de la classification de ces vieux fusils pour lesquels il n’existe plus de cartouches à travers le monde depuis des décennies.

Ces armes sont hélas classées en 5è catégorie, comme les carabines de grande chasse actuelles.

J’ai expliqué un peu plus haut le travail (de bénédictin) que représente la refabrication de quelques cartouches à poudre noires pour faire revivre de temps en temps ces vieilles pétoires!

Avec des engins de ce genre, la République peut dormi sur ces deux oreilles. Pour cette arme et pour beaucoup d’autre, la classification en 8è catégorie serait vraiment la bienvenue.


 

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